CANIS LUPUS, l’Humanité au travail -Article
26 octobre 2007 par zaclepoete
L’Homme , ce nombriliste.
L’humanité doit sa seule supériorité au hasard d’une « tare » au milieu des 34000 gènes qui structurent sa séquence ADN. Nous sommes aujourd’hui vivant parce que nous avons survécu à de nombreuses extinctions de masse d’espèces prédatrices jusqu’alors supérieures à nous. Ce que nous appelons L’Evolution de l’Homme est une succession d’opportunités heureuses pour un primate mutant avec un bon kilo de cervelle. Sur près de 15 millions d’espèces connues, nous sommes cependant celle qui constitue la plus menaçante d’entre toute car nous avons la capacité par une simple pensée d’anéantir toute forme de vie sur Terre. Pourtant, en quelques années, nous pourrions facilement être détrôné par l’agressivité d’un ou de plusieurs virus (400000 estimés contre 4000 connus)(1). Quelques centaines il y a 200000 ans, 345 millions en l’an 1000, 1 milliard en 1800, et environ 6,6 milliards en 2007(2) (consultez le site de wikipédia « Estimation de la population mondiale de 10000 avant JC à 2050 »), l’Homme propage sa supériorité en se rassemblant en tribu d’une même identité pour renforcer son invulnérabilité (relative) dans le temps. Bien sûr, plus son nombre augmente plus son besoin de territoire augmente. S’impose d’elle-même la rivalité tribale du voisinage dont l’action sera soit de le soumettre, soit de l’empêcher de se multiplier. Le vocabulaire lui aussi évolue : on ne parle déjà plus alors de tribus mais de peuples ou d’Etats. L’occupation d’un territoire reste encore aujourd’hui une obsession manichéenne pour assurer l’expansion de son pays. L’Autre, en tant que tribu, peuple, ou communauté, peut constituer une menace à sa propre croissance. Jusqu’au 19e siècle, l’Homme se fraye un passage dans le monde, quitte à le défigurer, à l’anéantir, l’exploite sans retenue, pille ses réserves, rêvant d’une conquête spatial et d’une colonisation de l’univers, à la mesure de son égocentrisme infantile. Hommes, animaux, végétaux, minéraux : rien ne peut s’opposer à son progrès. Pourtant, l’accroissement du nombre d’habitants sur notre planète (on l’estime à 9 milliards en 2050), s’impose comme une future problématique territoriale, à laquelle j’ajoute le traitement de ses déchets issus de son urbanisme, et la gestion de ses ressources naturelles, dont l’eau potable(3). L’avenir de l’homme est brusquement remis en question. Sa pérennité et sa responsabilité sont mises à l’index. L’Homme commence à comprendre qu’il est enfermé sur sa planète sans aucune échappatoire. Cette planète connaît pour le moment qu’une densité de population relative à la disposition de ses terres habitables et cultivables. Si de nombreux pays comptent encore des zones inhabitées (Canada, Afrique, Asie, Australie, Amérique du Sud), à priori, ce n’est pas la densité de ces populations qui poserait un problème à l’avenir, mais toute l’hégémonie pour assurer leur subsistance qui serait nécessairement préjudiciable aux autres êtres vivants puisque l’homme se pose comme l’unique prédateur de toutes les espèces et de lui-même.
L’Homme, cet individualiste
Notre civilisation reste une jungle avec ses prédateurs et ses proies. Pour trouver sa place dans la collectivité, l’homme et la femme sont soumis à la compétition – professionnelle, amoureuse, identitaire, sociale…; il ne s’agit plus de faire collectivement la guerre à une tribu voisine mais de se conformer à de nouvelles règles dictées par des codes déontologiques, ethniques, religieux, politiques, philosophiques… Pour s’y conformer, l’individu serait tantôt la proie, tantôt le prédateur d’un autre, dans ce gigantesque panier de crabes que l’on nomme l’Humanité. Le crabe le plus fort ou le plus adroit – tout en étant le plus vigoureux – est celui qui se trouve en haut de la nasse et qui s’efforce d’empêcher toute progression venant d’en dessous. C’est lui qui dicte le comportement de ceux qui lui sont inférieurs, tandis qu’il cherche une issue plus haut encore pour s’échapper de la nasse. Pour les autres, en dessous, c’est alors plus qu’une question de survie – ou d’espoir de survie. L’individu pense donc probablement et inconsciemment que pour réussir à s’élever, il doit être le plus fort, il doit être à l’image (pensées, attitudes) de celui qui lui est supérieur (socialement, hiérarchiquement), lui-même à l’image du plus acharné d’entre tous. Mais qui est cet être suprême ?
Le loup et la bergerie
Il existe au moins deux manières d’exister : celle du mouton, et celle du loup. Un loup sympathique est un mouton aguerri. Le mouton est celui qui ne cherche pas forcément l’ascension mais qui n’ignore pas les méthodes des loups. Il peut devenir loup à l’occasion mais ce n’est pas dans sa nature intrinsèque. Le mouton vit en troupeau mais il ne le sait pas car il n’a pas conscience de sa condition de mouton. Il ne semble pas vouloir se révolter puisque le loup veille sur son bétail. Le mouton accepte sa condition, et ne cherche pas à s’en soustraire. On n’a jamais vu de mouton sauvage s’attaquer aux loups. Le loup connaît la différence entre un mouton et un loup. Il est conscient d’être un loup. Il se doit d’avoir les dents longues, pour ne pas être considéré comme un mouton. Il a la vivacité d’esprit d’un loup et la ruse du renard. Un loup qui domine des loups est un chef de meute. On n’a jamais vu de gentil loup.
Ovis versus Canis
Quand j’observe des enfants dans une aire de jeux, je constate qu’ils sont très tôt confrontés à ce consensus : chacun cherche à avoir l’ascendance sur l’autre, pour imposer « ses valeurs » (jeux, idées, solutions), en les estimant meilleurs à tout point de vue. Le conflit naît des résistances réciproques, qui trouve une issue par la soumission relative du plus faible. Le plus faible manipulant à son tour les règles établies de son infériorité pour s’assurer de reprendre le dessus. Cette ambivalence comportementale est depuis longtemps un moyen induit pour s’imposer aux autres et il faut croire que la technique se perfectionnera, même au détriment de tous. Aujourd’hui, pour atteindre ses objectifs (professionnels, familiales), il faut avoir plusieurs cordes à son arc, dit-on, et savoir en même temps se protéger. Sa survie au milieu des autres découle de ses seules capacités (physiques, intellectuelles) et de son appartenance implicite ou supposée à une famille (couleur de peau, religion, communauté…). L’apprentissage des consciences par l’éducation des valeurs morales de la Société (précédées par celles des religions), permet en partie de canaliser les pulsions visant à « tuer » son prochain, pour s’en débarrasser ou pour s’attribuer son patrimoine. L’idée du meurtre se doit d’être substituée à la raison du désir de tuer. Question de sociabilité. La Loi dans la Société est l’aboutissement d’une action pour instaurer des limites aux débordements des individus dans leur volonté d’ascension. Le combat se trouve dorénavant porté au niveau de l’esprit et non plus au corps comme auparavant. La Société – en tant que rouleau compresseur judiciaire impartiale des exactions humaines - montre cependant son incapacité à évoluer aussi vite que les individus qui la compose. Quelques crabes du haut, conscient de leur supériorité, instruit des rouages et des manquements dans notre administration, s’évertue donc – avec ce nouvel outil - à grimper sans plus aucune morale, et à remplacer les vieux crabes aux esprits déroutés. Les lois protègent encore les violences corporelles (l’action de tuer son prochain est parfaitement contrôlé) tandis que naît depuis moins de 200 ans la véritable et consciente arme, parfaitement introduite dans notre arsenal militaire : la torture psychologique.
L’esprit dans la société
Au travail, à son domicile, avec ses collègues, son partenaire, sa famille, pour survivre et assurer sa descendance, l’Homme doit montrer ses meilleurs atouts. Son arsenal, à lui, dorénavant, c’est l’esprit, puisqu’il n’a plus le droit de tuer sans se faire sanctionner par un emprisonnement. La jungle végétale primaire a fait place à une jungle artificielle de béton. La menace ne vient plus des bêtes sauvages dont nous pouvions être la proie mais de notre environnement immédiat. Notre cerveau, ne connaît rien de votre environnement, mais en estime la nature en fonction des émotions qui vous traversent. Sa principale fonction est de vous protéger afin d’assurer votre reproduction. Il agit sur votre corps pour maintenir l’équilibre dynamique qui vous maintient en vie (homéostasie) au fur et à mesure qu’il se crée des déséquilibres. C’est à travers le système limbique, qui est au centre du cerveau, siège de votre instinct de sauvegarde ou de conservation, qu’il estime votre situation vis à vis de votre environnement. Lorsque vous êtes sujet à une émotion (stress, angoisse, peur, colère, etc), votre système endocrinien réagit automatiquement en sécrétant des hormones adaptées au type de « menace » qu’il suppose. Les hormones sont donc produites en quantité suffisante par rapport au type d’action envisagée. En fonction de la menace, trois solutions s’imposent alors : la fuite, la lutte ou la soumission ! Si la fuite semble impossible ou vaine alors l’affrontement est envisagée; si l’une ou l’autre nous paraît impossible, la soumission et l’acceptation offre une alternative de survie – réaction primitive de notre cerveau primitif. C’est l’inhibition de l’action qui est la source des maux de notre civilisation (dépression, psychosomatisme, ulcères, hypertension) entraînant l’épuisement de la santé de l’individu et le déclenchement de troubles (cancers et dérèglements homéostasiques). Le stress, à petite dose, est néanmoins un moteur de notre évolution, c’est celui qui nous permet de nous dépasser et de remporter avec brio de nouvelles expériences. A chacun de sentir la limite de stress qu’il est capable de supporter afin de se protéger.
Texte à suivre
(1) United Nations Environment Programme (UNEP) Global Biodiversity, Assessment, 1995
(2) Voir sur le site : www.populationmondiale.com et www.populationdata.net
(3) On entend par « eau potable » une eau qui ne contient ni micro-organismes pathogènes, ni produit chimique toxique.